Les chars de Ouagadougou

 

Ouaga, il est midi. Le soleil règne en maître sur la capitale des hommes intègres. Sur l’avenue Bassawarga, l’embouteillage est à son paroxysme. En dehors de l’impressionnante couleur ocre qui habille cette ville, c’est le ballet du nombre incalculable de motos qui attire l’attention. Ouagadougou regorge de motos. Il y en a partout et pour tous. Petits, jeunes, femmes avec bébé au dos ou avec un plateau de marchandises posé en équilibre sur la tête, vieux et vieilles… Chacun a son engin à deux roues. Pas besoin de permis de conduire, il faut apprendre à le démarrer, savoir rester stable et se faufiler. C’est suffisant ! A Ouaga, tout le monde a son « char ». Les sociétés asiatiques de vente de moto ont senti l’affaire.

Vivre sans « char », une galère

L’expérience d’avec les motos quand on arrive nouvellement à Ouagadougou diffère d’une personne à une autre.  Moi, à mon arrivée dans le pays de Thom Sank, le Ché Africain, je me suis jurée de ne jamais m’aventurer sur cet engin que tout le monde conduit à tombeau ouvert à travers les artères de la capitale sans protection (pour le ouagalais, le casque, c’est gênant). J’ai très vite changé d’avis. Mes courses à vélo, non pour le plaisir ou pour des exercices mais parce que je n’avais pas le choix, les difficultés pour trouver un taxi et un bon (certains ne sont qu’un ensemble de vieilles pièces détachées qui menacent de céder à chaque mouvement. Pire, plusieurs sont alimentés par des bouteilles de gaz), le coût des trajets m’ont très vite dissuadée… « Ouaga sans char c’est galère » disait l’artiste.

Le code routier Ouagalais

Après quelques séances d’apprentissage qui se sont déroulées sans fractures non sans égratignures, je me suis achetée mon « char ». Une belle moto noire. J’en étais fière. Le plus dur restait à affronter la circulation, et à Ouagadougou la circulation ne pardonne pas.

« À Ouagadougou, on ne conduit pas, on s’évite ! » Cette phrase d’un collègue illustre assez bien la situation. Le ouagalais a son propre code routier et il faut le maîtriser pour éviter insultes, casses et de graves accidents, chose courante. Nul ne se soucie des clignotants, l’on ignore leur importance – j’exagère à peine. Pour virer à gauche ou à droite, il suffit de balancer le bras ou le pied dans la direction voulue ou tourner la tête pour vérifier si la voie est libre. Ces gestes sont largement suffisants pour alerter les autres conducteurs qu’on veut tourner. Les feux de signalisation ? Quelle invention !

Un engin multitâches

Les motos servent à conduire les hommes mais pas seulement. Efficaces pour slalomer entre les voitures et éviter les bouchons, les motos aident aussi à charger les bêtes vivantes ou mortes, encore entières ou dépecées qui serviront dans les nombreux points de grillades de la capitale. Les chars de Ouaga sont aussi des « lieux de discussions » par excellence. Ainsi on peut voir deux ou trois motos en circulation, leurs conducteurs dévissant gaiement tout en conduisant. Mieux qu’un tête à tête !  Autre fonctions, ces engins à deux roues sont très utiles pour draguer. Eh oui,  ce n’est pas pour rien qu’on refuse le port du casque. Il n’est pas rare de voir dans les rues de Ouagadougou de très jolies filles en mini-jupe et talon, cheveux au vent, bravant la poussière avec d’immenses lunettes noires. Chose impressionnante ! Pour ma part c’est déjà assez dur de manier vitesse et frein à pied avec mes ballerines mais le faire avec des chaussures à talon… Les filles de Ouagadougou ont d’incroyables talents ! Et les mini-jupes, une amie me montrait l’astuce pour conduire avec ces jupettes «  il faut soulever légèrement la jambe et monter par l’espace entre le siège et le guidon, s’asseoir et serrer les cuisses pour ne pas dévoiler son entrejambe  ». Moi, en bonne togolaise habituée aux motos-taxis de Lomé, je sors toujours en jean et je monte sur ma bécane en faisant un grand écart au-dessus du siège…

Revenons à la drague. Je disais qu’une fille sur moto, une main sur l’embrayage et l’autre triturant un téléphone, un si beau spectacle ne peut passer inaperçu, le « candidat » n’a d’autres choix que de suivre la belle avec sa moto et essayer d’attirer son attention. Malgré mon casque qui ne me quitte jamais quand je conduis, j’ai fait les frais de ce mode de séduction. Bref !

Les « chars » jouent aussi un grand rôle dans les mariages. Après les cérémonies habituelles, cousins et voisins de quartier des mariés animent les rues de la capitale avec leurs cortèges en klaxonnant et en faisant des figures avec leurs motos pour marquer la fin du célibat des élus du jour.

Enfin, quoi qu’on dise les chars de Ouagadougou font le charme et la particularité de cette ville de l’Afrique de l’Ouest Ouaga-doux-goût.

 

 

8 commentaires sur “Les chars de Ouagadougou

  1. Bonjour de Lomé. J’ai lu avec plaisir ton texte sur Ouaga-doux-goûts. Félicitations.

  2. alexandrine, j’ai des photos de ouaga, tu veux que je te les envoie? je pense qu’il y a un texte à faire. Tu peux le faire pour ton blog et pour moi. C’est une proposition.

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