La liberté ou le rapatriment

Vivre aux Etats-Unis oui mais à quel prix ? Certains aventuriers sont prêts à accepter toutes les conditions que leur impose leur pays d’accueil, même les plus dégradantes, pour ne pas avoir à retourner dans leur pays d’origine.

Aboubakar Guiro n’est pas de ceux-là…
Il a partagé avec moi son quotidien aux Etats-Unis dans un témoignage poignant dans le cadre de mon émission « Allo Diaspora » : ses rires et ses pleurs, ses réussites et ses échecs, ses frustrations…

Jeune Burkinabé, sans diplôme universitaire, confronté aux difficultés du marché de l’emploi, Aboubakar décide d’aller « se chercher » aux Etats-Unis. Il n’avait comme bagage qu’une petite expérience  en construction de bâtiments et il voulait faire carrière dans ce domaine.

Vivre son rêve américain…

L’Africain pouvant compter sur la solidarité de son prochain, Aboubakar avait glané quelques contacts de personnes qui pourraient l’héberger dans un premier temps  au pays de l’oncle Sam.

Le Jour  de son départ, il s’envola vers l’inconnu à la recherche de son idéal. Premier obstacle, il perd tous ses bagages avant d’arriver à destination. L’aventure commence mal.

A Wisconsin et ensuite à Houston, Aboubakar avait trouvé gîte et couvert chez des amis, le temps de trouver un travail.

La tâche n’a pas été facile, mais heureusement la chance lui a souri une première fois.

« Donc, je suis arrivé à Houston, et de temps en temps j’allais faire mes achats dans une boutique et cette boutique était gérée par un malien. Ce dernier m’a demandé un jour si j’avais un boulot, je lui ai dit que je n’en avais pas. Il me fait savoir que son patron a besoin d’un africain pour travailler parce que selon lui les africains travaillent bien. Je lui dis ok, je prends le boulot ».

Ce premier travail ne suffisait pas pour subvenir à ses besoins, Aboubakar accepte alors non pas deux mais trois autres jobs pour joindre les deux bouts. En plus de la boutique, il lavait des voitures et il avait un autre emploi dans un supermarché. Des journées bien remplies et un emploi du temps surchargé, sans repos. Aboubakar a vécu ainsi pendant plus de deux ans. « Trois ans d’affilés, du lundi au dimanche, de 10h du matin à minuit c’est ce que je faisais. Les weekends je travaillais jusqu’à 1h du matin. »

Stressé, Aboubakar tombe malade et démissionne…

Le deuxième obstacle a été linguistique. Etape importante à franchir si l’on veut s’intégrer dans la société américaine.

« Oh c’était beaucoup difficile. Ce qui m’a aidé à améliorer mon anglais c’est un dessin animé qui passait « Les Simpson ». C’est ce que je regardais ainsi que le journal parlé en Anglais. Cela m’a beaucoup aidé. Ecouter un américain comme ça qui te parle et comprendre ce qu’il te dit n’est pas chose aisée. A priori vous risquez de ne pas savoir que c’est de l’anglais qu’il vous parle parce qu’il n’a pas la même manière de prononcer les mots. Je me rappelle d’un Monsieur qui est rentré un soir dans la boutique où je travaillais.  J’ai eu l’impression qu’il cherchait quelque chose. Alors je lui demande : « Can I help you ? » et il me répond « Wata » et je réfléchis un moment avant de m’esclaffer « Ah Water ? » 

Toujours en quête de bien-être, Aboubakar rassemble ses petites économies durement gagnées et retourne sur les bancs d’études. Il suit des cours de designer en conception bâtiments. Deux ans plus tard, il décroche son diplôme.

« Le jour où j’ai eu mon diplôme, je me suis acheté un cigare, je l’ai allumé, et je suis allé à Each-Bee, j’ai acheté une bouteille de champagne non-alcoolisé. Puisque là-bas c’était difficile de réunir mes amis, une fois arrivé à la maison j’ai allumé mon cigare (bien que je ne fume pas d’habitude) et j’ai  fait sauter mon champagne, j’étais vraiment content. »

La vie commence à lui sourire mais son bonheur fut de courte durée…

Aboubakar trouve un travail bien rémunéré dans son domaine. Après quelques mois de travail, il se retrouve au chômage technique. Ne pouvant plus payer ses loyers,  il perd sa maison dans la foulée et décide de quitter Houston pour New York. Avec le peu d’économies qui lui reste et avec l’aide de ses amis, il prit le train en direction de l’Etat de New York.

Coup du hasard ou malchance, Aboubakar tombe sur la police d’immigration.

Son visa expiré, il était en situation illégale.

A la premiere gare du territoire français sur la ligne venant de Vintimille, celle de Menton Garavan, les policiers montent dans les rames et contrôlent aux facies, traquant les migrants clandestins pour les reconduire sur le territoire italien. © Frédéric Lafargue

« On était dans le train, et il y avait un contrôle, c’était la première fois que je voyais ça de ma vie.  Ils sont venus, ils ont demandé mes papiers. J’avais la carte consulaire que je leur ai remise. Ils me disent alors que ce n’est pas suffisant et réclament mon passeport. Je leur remets donc mon passeport et ils me disent qu’il a expiré et exigent que je les suive. »

Gardé à vue pendant trois mois, il a souhaité être rapatrié au Burkina mais ce n’était pas encore le moment.

« Ils m’ont gardé pendant trois mois, j’étais en détention. De 8h à 18h on était là, de plusieurs nationalités, j’étais le seul burkinabè. Il y avaient un ivoirien, des sénégalais, des mexicains, des brésiliens, des arabes du Yémen bref presque toutes les nationalités. »

Relaché au bout de trois mois, Aboubakar visite New York et retourne à Houston.

Malgré les difficultés, la vie reprend son cours. Aboubakar a de nouveau un emploi et s’installe dans une nouvelle maison avec sa propre voiture. La seule zone d’ombre dans ce paradis de lumières c’est qu’il doit se rendre régulièrement au service d’immigration pour s’enregistrer. Il subit en silence cette condition jusqu’au jour où on lui annonce qu’il doit porter un bracelet électronique.bracelet elec

« On m’apprend que je dois porter un bracelet électronique. Je leur demande pourquoi je devrais porter un bracelet. Ils ajoutent alors que chaque semaine je dois me rendre au service d’immigration. Je réponds « non » . Ils rétorquent que c’est exigé sinon ils m’enferment. Je dis ok enfermez moi. Je ne suis pas un criminel, je ne vends pas de drogue, je ne suis pas recherché, rien, simplement parce que je ne suis pas américain vous voulez me traiter de cette manière ?  Ils insistent pour que je le porte et ajoutent que si cela ne me convient pas de revenir ils vont me l’enlever.

 

Il accepte cette condition et subit cette humiliation pendant quelques jours.

 « chaque mercredi , je devais retourner au poste pour des contrôles, le mercredi suivant j’y suis allé et je leur ai dit que je voulais rentrer chez moi, je veux rentrer au Burkina. »

Entre liberté et rapatriement, Aboubakar a fait son choix. Il ne redoute pas de revenir tout recommencer au Burkina.

Son souhait fut réalisé. En Juin 2012, il retrouve le sol burkinabè.

Aujourd’hui il a refait sa vie et s’est construit une carrière professionnelle avec l’expérience qu’il a acquise aux Etats-Unis. Il apporte son soutien aux entreprises dans le domaine du bâtiment et de l’architecture et donne aussi des cours dans des écoles.

« Oh Alhamdulillah je suis très content. Je suis revenu chez moi et je représente une société américaine au Burkina. »

Aboubakar Guiro est aujourd’hui marié et père d’une petite fille et il n’hésite pas à partager son expérience aider d’autres aventureux.

 

 

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