Koglwéogo : hors la loi VS faiseurs de loi

Impossible de parler de banditisme au Burkina sans évoquer les koglwéogos. Ces groupes d’auto-défense s’imposent à travers leurs méthodes spectaculaires.   Arrestations musclées, Tortures (pendre le coupable par les pieds ou l’attacher à un arbre et l’abandonner en brousse…), Amendes,  sont les armes  utilisées afin de faire avouer les crimes.

Réputés pour les sévices  qu’ils infligent à leurs victimes, de présumés voleurs ou tout autre malfaiteurs, aimés et décriés par la population, les koglwéogos font la pluie et le beau temps dans les communes rurales  et ne se donnent pas de limites dans la lutte contre l’insécurité.

Les koglwéogo, qui sont-ils ?

Koglweogo veut dire « Protéger la nature », en langue nationale Mooré, langue majoritaire au Burkina.

Nul ne peut dire avec exactitude à quand remonte l’apparition de ces groupes tant leur histoire est associée à l’évolution socio-politique du peuple Moaga. Toutefois des spécialistes font remonter au début des années 90 les premières tentatives de réorganisation dans le contexte moderne dans le Sanmatenga. Pour la plupart, ce sont des bénévoles et anciens « voleurs » convertis, constitués en milices qui luttent contre le banditisme dans les communes rurales, monnayant leurs services auprès des populations.

De petits gens qui font la loi par les armes et par leur nombre mais, hiérarchisés.

Les koglwéogo sont organisés en associations et sont reconnues comme telles au niveau de l’administration territoriale avec des récépissés délivrés par les autorités compétentes. Toutefois certains d’entre eux  évoluent en toute illégalité. Les koglwéogo officiellement reconnus sont organisés autour du Dassankandé Naaba (le président national) de qui répondent les présidents des régions tels que Django pour l’Est ou encore Ben Laden du Centre. Cependant il n’y a  véritablement pas une hiérarchie bien définie entre les responsables des différentes localités et la représentation nationale de sorte que les influences sont fonction de l’influence des membres de la localité. Il existe en outre des unités d’élites dans la composition de ces groupes. C’est à elles que revient la poursuite et l’arrestation des délinquants qui se sont réfugiés sur des territoires « étrangers ».Boukary kaboré dit le lion, président d’un parti politique,  est chef de cette unité d’où son surnom de Wibga (épervier).

Aimés mais…

Des abus, il y en a eu et il y en a toujours. Des séquestrations abusives et des cas de meurtres.

Dans un Burkina affaiblit par  l’insécurité grandissante et où la population crie sa détresse devant l’amollissement du système sécuritaire, la venue des koglwéogo a été fortement appréciée dans les zones rurales.

« Au Cameroun on tue, donc y’a plus de vols. Au Ghana pareil. Ici, si les magistrats ne sont pas capables de nous trouver un code pénal qui va sanctionner durement les voleurs, le peuple est obligé de prendre ses responsabilités »  dixit Boukary KABORE dit le LION

Mais si certains approuvent leurs méthodes, d’autres craignent qu’ils ne se transforment en rébellion. Ils possèdent des armes et semblent autonomes vis-à-vis des autorités.

Face à ces hors la loi qui font la loi, comment réagissent les faiseurs de loi ?

Les autorités interpellées sur les exactions de ces groupes, avaient, dans un premier temps, caressé les koglwéogos dans le sens du poil en multipliant les dialogues avec eux dans le but de les recadrer. Simon Compaoré, le ministre burkinabè en charge de la sécurité intérieure, avait initié une tournée de sensibilisation pour rencontrer ces groupes en les traitants en amis des forces de l’ordre. Ce qui a valu à Simon Compaoré, le titre de chef suprême des koglwéogo.

Peu soucieux des recommandations du ministre, ces groupes ont poursuivis leurs activités en restant fidèles à leurs « lois » au grand dam de leurs détracteurs.

Marre d’être ridiculisé par les koglwéogos qui se lancent maintenant dans la lutte contre le terrorisme, une épine dans la gorge des autorités Burkinabè, récemment, Simon Compaoré a sonné le glas des Koglwéogos en leur intimant  l’ordre de ne plus percevoir des amendes et de conduire leurs victimes aux postes de polices.

La réponse des koglwéogos ne s’est pas fait attendre. Au cours d’une de leurs fameuses assemblées générales, ils étaient des milliers à affirmer qu’ils n’abandonneront pas ces pratiques. Non seulement ils défient l’autorité de l’Etat mais aussi ils se lancent à la conquête des voleurs de la ville de Ouagadougou.

« Installer les koglwéogo à Ouagadougou, pour quoi faire ? » disait Simon Compaoré lors d’un panel.  Le lendemain de la tenue de ces propos, des jeunes de Nonsin, un quartier de Ouagadougou, chassaient à coups de pierre et de bâton, les koglwéogo de Zongo en brûlant leur quartier général

Simon Compaoré va-t-il durcir le ton face à la montée en puissance des Koglwéogos?

Un acteur de la société civile disait « face aux hors la loi, on ne discute pas, on sévit! »

Le duel aura-t-il lieu ? Qui sera le chérif ?

Affaire à suivre…

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