Ma rencontre avec Kidal

Ces instants défilent dans ma tête sans cesse. Des choses mais aussi des lieux, des lieux et des noms… La poussière, très présente tout au long de l’histoire qui commence de façon banale au détour d’une rencontre fortuite sur une terre  de couleur ocre, s’invite dans tous les moments. S’accrochant à nos vêtements et à nos chaussures comme pour dire « ne me quitte pas ». Comme sorti de nulle part et se trouvant dans un environnement qui ne semble pas être le sien, une caméra. Oui, une caméra, avec des traits fins et belle allure, ni trop grande ni trop petite, je dirais la taille idéale, celle rêvée par le professionnel, dressée sur son trépied la plupart du temps ou rangée soigneusement dans sa sacoche comme un diamant non taillé, attendant la prochaine sortie pour capter et illuminer l’instant présent, pour mémoriser l’histoire en images qui commence en ce moment et ces lieux. Oui, j’ai dit lieux, lieux comme le Turkish, le Palais des Congrès, l’Hôtel de Ville, le siège de la Commission Electorale Nationale Indépendante,…

Cependant, le lieu favori reste virtuel. Là où, tout se chuchote, tout se dit, tout se fait et se défait, là où tout se vit. Soudain, le silence des face-à-face fait place à l’éloquence. De la fleur rose baccara cueillie au milieu des dunes de sable offerte, des fous rire jusqu’au baiser virtuel, l’imagination y est fructueuse et le rêve permis.

Comme par magie, quelque chose prenait vie, une relation naissante, professionnelle ou amoureuse, on s’en fiche ! Allons seulement ! Fameux slogan des Burkinabé après l’insurrection populaire de 2014, qui mit fin à 27 ans de règne d’une icône politique africaine qui ne laissait personne indifférente soit par la crainte ou par sa maitrise de soi qui a connu une fin peu enviable car ayant foncé dans la rue tout droit dans le mur de millions de personnes assoiffées de justice, d’équité et d’amour.

Après cette petite parenthèse et si nous revenons à cette rencontre entre la caméra, l’un des symboles de la toute puissante industrie de la communication, et son confrère le micro qui a su résister au temps contrairement au nouvel ivoirien que la rue a bouté hors du pays en chantant « Olé Olé ! ALLONS SEULEMENT » hum !  Cette phrase dont je me suis toujours moquée, parce que laissant place à des dérives et à trop de laisser aller, cette phrase est maintenant mon leitmotiv à chaque fois que le bon sens veut me ramener à la réalité de cette rencontre fortuite. Au fait, «  que penses-tu faire au juste ? », me dit une  petite voix impertinente et audacieuse. Je la fais taire illico presto en me disant tout haut « ALLONS SEULEMENT ! »

D’ailleurs, pourquoi me poser des questions ? Fils d’un même continent, nous avons en partage la pauvreté, l’illettrisme, la chaleur, la poussière ocre due à l’aridité du sol, les périodes troubles et les attaques terroristes. Crac ! La caméra a cessé de tourner, le microphone s’est tû. Quelque chose vient de se passer, simultanément dans nos petits pays sahéliens, car sahéliens nous sommes. Sahélien.com, chevaliers de l’information toujours prêts à dégainer caméra, micro, stylo et calepins. Cette fois-ci, tout semble fini. Des barbus enturbannés, qui sont pourtant nos frères appelés « fous de Dieu » ont frappé au nom de leur Dieu qui n’est pas notre Dieu car notre Dieu est AMOUR, TOLÉRANCE ET PAIX.

Bref, nous avons ces réalités en commun et la différence de la couleur de nos peaux renforce ce désir de nous découvrir, de voir le reflet du matin sur nos deux peaux collées dans la tiédeur d’une couverture. Et nous nous sommes découverts. Ce large sourire qui s’affiche sur mes lèvres quand j’y pense. Dans l’attente des résultats électoraux d’un scrutin « paisible et transparent », de l’avis des observateurs, dans l’attente de ces résultats plus tard contestés par l’opposition, et bien dans l’attente de ces résultats, la complicité renaît. Le plaisir de partager un repas dans une chambre d’hôtel sans confort. Le gâteau coupé  avec un bout du carton d’emballage, les rigolades, la bataille de polochon et le silence qui refait surface. Cette fois-ci, rempli de désir. La gêne de regarder l’autre si proche, si présent et… l’inattendu, le coussin qui surgit, qu’il plaque sur nos deux têtes comme pour créer un autre espace intime dans cette intimité puis vient ensuite le baiser. Timide, doux, mouillé, torride, passionnant et puis… silence !

Ma rencontre avec Kidal, le chasseur d’images.

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